
Entretien avec Yannick Schneider, formateur chez Altimum — 12 ans d’expérience IRATA, 16 ans de pratique sur cordes, spécialiste de l’entretien des treuils et des systèmes stop-chute.
Sur le papier, une certification IRATA se résume à trois niveaux, quatre jours de formation minimum et un examen pour chaque niveau. Sur le terrain, elle recouvre une réalité plus exigeante : un cadre normatif audité, une évaluation indépendante sans marge d’interprétation, et une pédagogie qui s’attaque autant aux réflexes qu’aux compétences techniques. Pour les entreprises qui engagent des cordistes, la question n’est donc pas seulement « la formation existe-t-elle ? » mais « que garantit-elle exactement ? ». Yannick Schneider, l’un des formateurs les plus expérimentés d’Altimum, apporte des réponses précises.
Un référentiel qui s’impose au formateur autant qu’au candidat
La certification IRATA repose sur deux textes normatifs : le TACS (Training, Assessment and Certification Scheme) et l’ICOP (International Code of Practice). Loin d’être de simples documents de référence, ils conditionnent directement la manière dont un centre peut opérer. « Le TACS fixe un cadre unique à la formation, un cursus identique partout dans le monde. C’est notre ligne de conduite : nous appliquons un règlement international que nous devons maîtriser parfaitement, sans marge d’interprétation. »
Cette conformité n’est pas déclarative : elle est vérifiée. Les centres habilités, dont Altimum, font l’objet d’un audit IRATA tous les trois ans, sur des critères qui évoluent au rythme des retours d’expérience du secteur. Un formateur IRATA n’applique donc pas sa propre méthode : il applique un standard, révisé et contrôlé de l’extérieur.
L’ICOP joue un rôle complémentaire, celui de socle technique commun : « C’est en quelque sorte le dictionnaire du cordiste : un référentiel complet des questions théoriques et pratiques sur lequel chaque candidat peut s’appuyer. »
Concrètement, cela signifie qu’un cordiste certifié IRATA à Palézieux a été évalué sur les mêmes bases qu’un cordiste certifié à Singapour ou en Écosse. Pour un employeur, c’est la garantie d’un niveau de compétence lisible et comparable, indépendamment du centre de formation. Et comme la certification du cordiste doit être réévaluée également tous les trois ans, l’employeur a la certitude que son collaborateur dispose des aptitudes les plus à jour.
La gestion du sauvetage, colonne vertébrale de la formation
Un principe structure l’ensemble du cursus : la capacité à garantir un sauvetage, quelle que soit la complexité de la situation rencontrée. « Plus une situation est complexe, plus le sauvetage l’est aussi — et plus nous devons être en mesure de le garantir. Le scénario de référence reste de ramener un blessé au sol, en toute sécurité. »
Mais réduire l’IRATA à la seule gestion de l’urgence serait une lecture incomplète. Yannick Schneider insiste sur un point que l’expérience terrain contredit souvent l’intuition : « La majorité des accidents sont liés à la chute d’objets ou à des accidents de plain-pied — pendant la préparation de chantier, les trajets, etc. Très peu sont liés à la pratique du cordiste en elle-même ; ils tiennent presque toujours à ce qui l’entoure. »
C’est précisément ce que la formation cherche à anticiper : une analyse de risque rigoureuse en amont, une évaluation réaliste de l’état de forme des collaborateurs, pour que le sauvetage reste l’exception — et non le filet de rattrapage d’une préparation insuffisante.
Un examen sans marge d’appréciation
À l’issue des cinq jours de formation, l’évaluation n’appartient pas au formateur : elle relève d’un assesseur indépendant, qui applique une grille d’exercices définie par l’ICOP, sans possibilité d’ajustement au cas par cas. « L’évaluation distingue les fautes mineures des fautes majeures — une faute majeure étant celle qui peut mettre une personne en danger. Un candidat peut commettre deux fautes mineures ; la troisième est requalifiée en faute majeure. Si la mission n’est pas menée à son terme, l’assesseur peut prononcer l’échec. »
Ce niveau d’exigence a une portée directe pour les entreprises clientes : « Un cordiste certifié IRATA (dès le niveau 2) peut évoluer sur un chantier en garantissant sa propre sécurité, ainsi que celle de ses collègues. »
Autrement dit, la certification IRATA ne récompense pas un parcours de formation : elle atteste d’une compétence vérifiée par un tiers indépendant, dans des conditions d’examen standardisées. C’est cette indépendance qui donne à la certification sa valeur — y compris juridique — pour un employeur.
L’expérience terrain ne suffit pas
Les candidats qui arrivent chez Altimum avec une expérience terrain significative, mais sans certification IRATA, ne sont pas les moins concernés par les ajustements de formation — souvent l’inverse. « Beaucoup de candidats arrivent avec des idées préconçues sur le métier ou sur IRATA elle-même, qui s’avèrent fausses. On observe aussi un certain relâchement dans l’attitude — notamment dans la gestion du matériel — un laisser-aller qui dessert l’image du candidat. »
Certains réflexes élémentaires font défaut, y compris chez des profils expérimentés : « On voit encore des préparations de chantier réalisées sans protection sur les toits, ou une approche imprécise des ancrages et du frottement des cordes : plusieurs ne savent pas toujours exactement sur quoi ils s’attachent, ni le risque qu’implique une mauvaise gestion de la corde. »
La formation intègre également une dimension rarement traitée ailleurs : la prévention des troubles professionnels liés à la pratique répétée du métier. « Il faut sensibiliser les candidats aux tendinites, aux hernies et aux autres troubles propres au métier — apprendre à travailler en défensif pour se préserver, et non pour finir blessé. Cela change toute l’approche : il faut construire de véritables stratégies, pas seulement des réflexes. »
Cette dimension change la nature même de la formation : il ne s’agit plus seulement d’exécuter une manœuvre correctement, mais de construire une pratique durable sur le plan physique.
Un même référentiel, une exécution différente
Le référentiel IRATA est le même partout. Ce qui varie, selon Yannick Schneider, c’est la qualité de sa mise en œuvre : « C’est le formateur qui fait la différence. Altimum est le seul organisme à dispenser la formation IRATA en Suisse, depuis des décennies : nous avons une longue expérience de l’enseignement, pas seulement de la pratique terrain. »
Cette expérience s’accompagne d’un investissement continu dans l’outil de travail : « Le centre dispose d’une infrastructure complète, moderne et régulièrement renouvelée. Le matériel est irréprochable et remplacé fréquemment — et la présence de Petzl comme partenaire technique sur site est un vrai atout supplémentaire. »
Un dernier facteur, souvent sous-estimé, pèse directement sur la qualité pédagogique : le ratio d’encadrement. « Huit personnes maximum par session, avec un formateur pour quatre candidats : c’est une garantie de qualité supplémentaire, difficile à tenir ailleurs. »
Ce qu’il faut retenir
La certification IRATA n’est pas un diplôme parmi d’autres : c’est un système normatif audité, une évaluation indépendante sans complaisance, et une pédagogie qui corrige aussi bien les gestes techniques que les habitudes à risque. Pour une entreprise active dans les travaux sur cordes, la question n’est plus de savoir si ses équipes doivent être certifiées, mais sur quelle base cette certification peut être considérée comme fiable. Chez Altimum, cette fiabilité repose sur l’expérience des formateurs, la rigueur de l’encadrement, et une infrastructure à la hauteur des exigences du référentiel international.
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